Le fort de Romainville est une des fortifications de la ceinture parisienne construites au milieu du XIXe siècle
selon un modèle inspiré des ouvrages de Vauban. Depuis 1867 et la création de cette commune, il se trouve aux Lilas. Site de garnison, il est affecté à la défense anti-aérienne de la capitale. Évacué après la défaite française de juin 1940, il devient le premier camp allemand installé en France occupée.
Près de 7 000 personnes y sont détenues de 1940 à Associé au camp de Compiègne, antichambre des camps de concentration nazis, il est au cœur des politiques répressives allemandes en France occupée.
Un camp d’internement administratif
C’est d’abord un camp de détention pour des ressortissants civils de pays en guerre contre le Reich : des Britanniques, des Yougoslaves, etc. Sur les six premiers mois de fonctionnement du camp, plus de 70 % des détenus sont des étrangers.
Dans le dispositif répressif allemand, le fort de Romainville est d’abord et tout au long de la période un Haftlager, un camp d’internement, pour des détenus arrêtés par « mesure de sûreté », qui ne sont pas présentés devant les tribunaux militaires.
En 1941, le fort de Romainville devient également, et temporairement un Fronstalag pour des prisonniers de guerre.
L’invasion de l’URSS en juin 1941 et l’entrée dans la lutte armée du Parti communiste français modifient le dispositif des camps allemands en zone occupée : le fort de Romainville est intégré au Fronstalag 122, un réseau de camps dont le pivot est celui de Royallieu, à Compiègne.
Ses fonctions vont évoluer, selon les étapes de la politique répressive allemande en France occupée.

Le camp des otages
À partir de l’été 1942, le fort de Romainville devient le lieu de rassemblement des otages de la région parisienne susceptibles d’être fusillés au Mont-Valérien. Lorsque le 21 septembre 1942, 46 otages parisiens sont exécutés, tous avaient été extraits du fort de Romainville. Lorsque la « politique des otages » est réactivée le 2 octobre 1943, après sa suspension un an plus tôt, c’est au fort de Romainville que sont de nouveau choisis les 50 « derniers
otages ».
Au total, 209 détenus passés par le fort de Romainville ont été fusillés durant l’Occupation. Des dizaines d’autres en sont déportés.

L’antichambre des camps de concentration nazis
La déportation par grands convois massifs vers les camps de concentration devient, du printemps 1943 jusqu’à la Libération, l’élément central de la politique répressive allemande en France occupée. Dans ce dispositif, le camp de Compiègne et le fort de Romainville sont les principaux « lieux de transit » vers les camps nazis. Des détenus originaires de toute la France y
sont rassemblés en vue de leur déportation. La proximité des gares du Nord et de l’Est, de celle de Pantin, a joué pour beaucoup dans le choix du fort. 5 300 détenus du fort (75% du total) sont ainsi déportés par mesure de répression, directement ou via Compiègne, dans des convois massifs ou des transports secrets relevant de la procédure dite « NN » (« Nacht und Nebel », « Nuit et Brouillard ») utilisée par les services policiers nazis.
Les détenus de cette période savent que le fort n’est alors qu’un « arrêt dans l’horreur », selon l’expression d’Elisabeth Sequestra, qui y est internée en juillet 1944. Environ 30 % des déportés passés par le fort de Romainville ne reviennent pas de déportation

Le camp des femmes
Pour une plus grande efficacité administrative, à la fin de l’année 1943, les autorités allemandes réorganisent le Frontstalag 122 : le camp de Compiègne-Royallieu devient le camp des hommes à déporter, le fort de Romainville celui des femmes. En janvier et en août 1943, des convois de femmes avaient déjà été formés depuis le fort. Le camp de Romainville est dorénavant le point de départ des femmes de France victimes de la répression vers le camp de concentration de Ravensbrück, près de Berlin.
Ainsi s’explique la situation rencontrée en août 1944 et le fait que, sur toute la période de la guerre, plus d’un détenu sur deux est une femme : plus de 3 800 y sont internées et plus de 90 % sont ensuite déportées, principalement depuis la gare de l’Est à Paris, vers Ravensbrück. Plus de
40 % des déportées de France par mesure de répression sont passées par le fort de Romainville. Dans ce lieu symbolique essentiel, le Mémorial national présentera la résistance et la déportation de toutes les femmes de France.

Une libération tragique

Mi-août 1944, Paris commence à se libérer. Près de 300 femmes se trouvent encore emprisonnées au fort de Romainville : la grande majorité part dans le dernier convoi formé en région parisienne, le 15 août, depuis
la gare de Pantin. Le 19 août, la garnison allemande remet à la Croix-Rouge la cinquantaine de derniers détenus, mais elle ne quitte définitivement les lieux que le lendemain. Or, entre-temps, onze résistants et civils de la région parisienne, tout juste faits prisonniers, sont amenés au fort. Ils y passent la nuit. Le matin du 20 août, au moment du départ, la garnison les fusille et brûle leurs corps. Le 21 août, les habitants des Lilas
et de Romainville découvrent leurs cadavres derrière le bâtiment central.
À la Libération et dans les premières mémoires alors forgées, c’est l’image qui est retenue du fort de Romainville. Un camp qui sortira ensuite largement de nos mémoires nationales. La Journée nationale du souvenir de la Déportation, instaurée en 1954, se déroule chaque année
en Seine-Saint-Denis au fort de Romainville.
